Les messagers du football.

mardi 13 mai 2014
par  Djclone

Nés tous les deux au XIXe siècle dans l’Angleterre victorienne, la philatélie et le football symbolisaient, dans des domaines divers, la modernité et les transformations issues de la Révolution industrielle. L’augmentation sensible du volume de courrier à distribuer, dont les raisons étaient à rechercher dans l’essor industriel et commercial, tout autant que dans la modernisation des moyens de communication, sans oublier le recul de l’analphabétisme, requérait une simplification des procédures et une collecte rapide des sommes dues pour le transport et la distribution des paquets et lettres. D’où l’instauration, en mai 1840, d’une taxe d’affranchissement symbolisée par le timbre-poste. Les transformations sociales qui affectèrent la société britannique nécessitèrent par ailleurs l’adoption de nouvelles formes d’éducation dont le football, issu des publics schools, représentait l’un des éléments importants. Le développement du jeu, la création de nombreuses équipes aux quatre coins du Royaume-Uni et la nécessité d’harmoniser les règles donnèrent naissance, en octobre 1863, à la Football Association. Par la suite, de leur berceau d’origine, selon des modalités différentes, le timbre-poste et le ballon rond se lancèrent à la conquête du monde. Il eut été dès lors surprenant que les deux ne se rencontrassent pas à un moment donné ou à un autre de leur carrière. Cette rencontre devait survenir seulement dans le premier tiers du XXe siècle.

Objet fiscal mais également emblème de légitimité, le timbre-poste se borna longtemps à véhiculer des images de souverains ou des allégories républicaines ; quelques pays osèrent pourtant, dès la fin du XIXe siècle, représenter d’autres personnages de leur histoire nationale, voire des éléments de leurs paysages et bientôt des réussites architecturales ou techniques preuves du "génie national." Le football, pour sa part, pouvait démontrer sur les terrains de sport la "supériorité" des valeurs culturelles mais aussi socio-politiques d’un système sur un autre, sans oublier les preuves "irréfutables" de la bonne santé d’une race". Timbres-poste et ballon rond, enfin, offraient l’énorme avantage à des territoires non indépendants de pouvoir affirmer leur existence internationale en toute quiétude ; peu à peu, il apparut donc que le football et la philatélie pouvaient avoir des accointances.

Timbre - Jeux Olympique 1924 - Footbal - Victoire de l'Uruguay.
| Timbre - Victoire de Samothrace - Uruguay 1924.| Série de 3 timbres de 1924 émis en l'honneur de la victoire de foot de l'Uruguay en finale.|

Celles-ci se concrétisèrent pour la première fois en Uruguay en 1924. Pays neuf, à l’identité nationale encore flottante, la jeune république sud-américaine profita de sa victoire dans le tournoi olympique de Paris en 1924, où son football fit forte impression pour imprimer une série de trois timbres-poste représentant la Victoire de Samothrace (voir timbres ci-dessus), ce furent les premiers dédiés au football : à travers son équipe nationale, l’Uruguay voulait symboliser tout à la fois sa grandeur et son unité nationales ainsi que la réussite du melting pot des bords du Rio de la Plata. Ce n’est qu’en 1925 que le premier timbre représentant des footballeurs sur une pelouse et un ballon verra le jour en Hongrie :

Le premier timbre représentant une scène de football est Hongrois -1925.

Quatre ans plus tard, une nouvelle victoire olympique donna lieu à l’émission de trois timbres supplémentaires. Dès lors, le mouvement était lancé et ne devait plus s’arrêter d’autant que, à compter de 1930, l’instauration de la Coupe du Monde de football offrait une occasion supplémentaire d’unir la philatélie et le ballon rond. De tous les pays organisateurs de la compétition, aucun ne dérogea à la règle, à l’image de la France en 1938 :

Timbre - Coupe du Monde de Football 1938.

Jusqu’à la fin des années 1950, l’organisation et/ou la victoire en Coupe du monde furent les sujets quasi uniques de ces timbres, dont l’impression au niveau mondial resta modeste (environ une centaine seulement). Néanmoins, des événements footballistiques exceptionnels purent donner lieu à des « timbrifications » dont le but était également clairement politique. Ainsi, en 1953, consécutivement à la victoire de la Hongrie à Wembley (6-3) – la première d’une équipe continentale sur le sol anglais –, la république populaire fit surcharger l’un de ses timbres afin de commémorer l’événement (voir image ci-dessous) ; en ces temps de Guerre froide, la victoire hongroise pouvait apparaître aussi comme la victoire d’un système politique sur un autre.

Timbre - Match Hongrie Angleterre 1953 - Victoire de la Hongrie 6-3.

A compter du début des années 1960, plusieurs phénomènes contribuèrent à accroître de manière considérable le nombre de timbres consacrés au football. Il y eut d’abord les conséquences directes de la décolonisation, avec l’émergence d’une centaine de nouveaux pays qui, au travers de la philatélie et du football, ces deux représentations de leur souveraineté, entendaient se faire connaître du monde entier.

Ensuite, on ne saurait sous-estimer un autre aspect de la question, celui tenant aux rentrées non négligeables de devises que procurait aux pays du Tiers-monde, l’impression de plusieurs dizaines – voire plusieurs centaines – de milliers de figurines par an. Rapidement, les États du bloc soviétique devaient leur emboîter le pas, si bien que, des 32 timbres dédiés à la Coupe du Monde de football 1962 par les administrations postales de la planète, on était passé à 258 pour l’édition 1974 puis à 829 en 1982. A l’occasion de la Coupe du Monde 1998, la poste de l’île de Grenade et de ses dépendances émit à elle seule, plus de timbres que ses homologues du monde entier pour la Coupe du monde au Chili (1962). Et encore, les chiffres cités ne comptabilisent ni les blocs, ni les blocs-feuillets, ni les carnets, ni les autres produits philatéliques. Avec la mondialisation de l’économie dans les années 1990, le phénomène s’amplifia ; désormais les productions philatéliques de territoires aussi différents que le Laos, le Rwanda, Panama ou Niue (pays insulaire de l’océan Pacifique sud) trouvaient preneurs aux quatre coins du globe.

Bloc de timbres - Coupe d'Afrique des nations de football 1996.

Enfin, il convenait de tenir compte de raisons spécifiques à la philatélie : d’une part, celle du développement de collections thématiques, où le football occupait une place prépondérante notamment auprès des jeunes. D’autre part, celle justement du rajeunissement des collectionneurs à un moment, les "Trente glorieuses", où le niveau de vie des populations s’élevait, en particulier dans le monde occidental, et offrait donc des perspectives nouvelles sur le marché philatélique. Il ne faut pas oublier, en outre, à la fin des années 1990, le changement de politique d’émissions des grandes administrations postales des pays développés, à la recherche de nouvelles ressources financières sur un marché des communications de plus en plus concurrentiel : alors que la France n’émit qu’un timbre pour la Coupe du Monde 1938, soixante ans après elle passa à 12, plus un au lendemain de sa victoire.

Timbre rond - La France est championne du Monde de football en 1998.

En revanche, les exploitations politiques de timbres consacrés au football subirent un recul constant au point d’avoir aujourd’hui quasiment disparu. Il est vrai qu’elles concernaient avant tout les adversaires de la Guerre froide. Lors de la Coupe du Monde 1974, organisée en Allemagne de l’Ouest, seuls trois pays de l’Est représentèrent l’événement : la Bulgarie, la Pologne et la Yougoslavie. Il s’agissait de trois des quatre pays du bloc soviétique qualifiés pour la compétition, le quatrième, l’Allemagne de l’Est – à l’instar des autres « pays frères » – s’abstint, et pour cause, de toute publicité sur le sujet. Autre point de friction, le Proche et le Moyen-Orient, furent également à l’origine d’utilisation politique d’événement footballistique sur timbres. En 1970, à l’occasion de la Coupe du Monde organisée au Mexique, la République arabe du Yémen émit un timbre, où était inscrit le nom des pays qualifiés pour la compétition, au milieu duquel figurait une barre noire qui dissimulait ostensiblement le nom de "l’ennemi héréditaire" : Israël. L’Etat hébreu ne s’étant plus jamais qualifié pour un Mondial, le phénomène ne s’est pas reproduit. Cependant, l’exaltation de l’orgueil national d’un « petit pays », après un succès inattendu en football, restait de mise comme en témoignait la série de quatre timbres émise par la Grèce après sa victoire dans l’Euro 2004.

Timbre - Grèce Champion d'Europe de football 2004.

De même, une rencontre de "prestige", pour la sélection nationale d’un petit pays, pouvait toujours donner lieu à l’émission d’un timbre, ce que fit, en 1999, la poste andorrane à l’occasion de la rencontre entre Andorre et la France, dont l’équipe était alors Championne du monde dans le cadre des éliminatoires du Championnat d’Europe des Nations 2000 .

Timbre - Championnat d'Europe des Nations 2000.

Avec la multiplication des émissions, le football philatélique subit deux modifications thématiques considérables. Outre la Coupe du Monde, toutes les compétitions furent bientôt représentées : Coupe d’Europe des nations, Coupe d’Europe des clubs, Coupe d’Asie des nations, Jeux africains, titres nationaux (voir image ci- contre), clubs et joueurs emblématiques etc. Il n’était plus besoin de participer à une compétition de football pour émettre des timbres sur le sujet et très souvent, ce dernier n’avait plus guère de rapport avec le pays émetteur ; ainsi, en 1990, la Corée du Nord crut bon de rendre hommage à l’équipe championne… d’Italie ! en l’occurrence la Sampdoria de Gênes.<:p>

Timbres - Sampdoria de Gênes championne de foot d'Italie en 1990.

Les représentations des phases de jeu et les actions des joueurs, restaient largement stéréotypées et s’éloignaient finalement assez peu des premières scènes apparues sur les timbres des années 1930-50 : but ou action de but, dribble, tacles et conduite de balle furent à peu près les seules à figurer sur les vignettes postales, sans toujours beaucoup de réalisme. Il est vrai qu’il semblait difficile de pouvoir faire mieux, le football se prêtant du reste assez peu à ce genre de reproductions figées.

Il ressortait malgré tout de l’ensemble une impression assez pénible de répétition et de médiocrité donnant à la philatélie footballistique un air de déjà-vu, quels que soient les époques ou les pays concernés :

Timbres sur le football réalisés à partir de photographies.

La réalisation de timbres à partir de photographies, à compter du début des années 1990 donna, un temps, à cette philatélie un éphémère second souffle grâce à quelques réalisations de qualité notamment en Grande-Bretagne.

Cependant, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le football philatélique retomba assez vite dans ses travers. L’aboutissement logique de ces relations entre le football et la philatélie intervint avec l’entrée en lice de la FIFA dans le domaine du timbre-poste. On pourrait y voir la concrétisation au plus haut niveau des rapports entamés entre les deux phénomènes quatre- vingts ans plus tôt, mais aussi la reconnaissance de la philatélie comme vecteur supplémentaire de popularisation du football. Pour marquer la célébration de son centenaire, en 2004, la Fédération internationale, en collaboration avec le Comité International Olympique, l’Union Postale Universelle, et plusieurs dizaines d’administrations postales nationales, obtint l’émission de timbres commémorant l’événement.

Timbre- Centenaire de la Fifa 1904 -2004.

Mais elle s’investit également dans la philatélie de prestige en confiant en exclusivité à une société italienne spécialisée – déjà en relation avec le CIO et Ferrari entre autres – la confection d’une collection en trois volets comprenant l’histoire du football, le Centenaire de la FIFA et la Coupe du Monde 2006 en Allemagne.

Source : Site Wearefootball - Didier Rey.

Timbre - La coupe du monde 2014 - Brésil.

Le football ce sport dont l’origine remonte à la nuit des temps est donc une thématique qui voit de nombreuses émissions de timbres dont certains particuliers comme celui en cuir et rond comme un ballon émis par l’Autriche en 2008, le collector Zinedine Zidane ou très récemment un timbre a l’éffigie du joueur du Psg Zlatan Ibrahimovic. . Nous pouvons donc être certain que la Coupe du monde de football 2014 qui aura lieu au Brésil sera l’occasion pour de nombreuses administrations postale d’émettre des timbres de cet évènement.



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